Restaurez-moi !

Les rayons du soleil commençaient tout juste à se frayer un chemin à travers les saules qui bordaient la Seine. Le bout de leurs branches caressait de l’extrémité des feuilles la surface du fleuve. Le flot des vagues reprenait paisiblement sa cadence rythmé par le passage des péniches. L’éclat de l’eau trouble s’intensifiait à mesure que l’astre ascensionnait vers le zénith.
A l’aube, oies, cygnes et autres canards allaient et venaient au gré du courant près des berges pour mieux attirer le villageois, qui se hasarderait par ici, accompagné de sa baguette matinale. Les souris se tairaient à nouveau entre les blocs de pierre qui borde les berges. Les poissons s’enfonçaient plus profond pour ne pas satisfaire un pêcheur d’une belle prise.
Les villageois les plus sportifs passeront devant les habitations comme des flèches, d’autres laisseront aller leurs pieds, peu importe où ça les mènera, tant qu’ils arrivent nul part. Derrière eux, on entendait l’éclat des boules s’entrechoquer dans des parties de pétanque acharnées. Les voix se faisaient plus fortes pour discuter d’un morceau d’écorce supplémentaire (ou pas) sur la branche qui faisait office de réglette entre les boules.

Toute cette agitation, ce dynamisme peut donner envie de les rejoindre quand on sait que ces personnages forts en caractère viendront, d’ici peu, faire honneur à votre métier. À ce moment-là vous regretterez de ne pas être en position de force pour leur faire avaler leurs boules d’acier.

 Je vous souhaite la bienvenue dans la restauration, mes bons !

Restaurant au rez-de-chaussée, maison close à l’étage

Brièvement, je dirais que c’est un métier magique, d’échange, éprouvant, de mémoire, amusant, de patience, de jugeote, surprenant, de dextérité, sociale, lucratif d’organisation, intéressant, de politesse, angoissant, d’adaptation,… et j’en passe.
Vous l’aurez compris : la polyvalence est le maître mot en ce qui concerne ce milieu professionnel. Il est déconseillé de s’embarquer dans une galère quand on ne sait pas plus où on va que comment y aller. He bien, ici c’est pareil ! Sauf que personne n’était là pour me dire : « Naaaaan ! Grand Dieu ! Tu ne sais pas où tu vas, reste nous intacte, ça vaut mieux pour toi ! lol ».
Vous me direz que pour le moment, vous ne voyez rien de tout cela. De la même façon que vous appelez le barman pour une nouvelle chope (« TAVERNIER ! REMET MOI CA ! »), vous me demanderez des exemples. Tenez bon, ça arrive mes mignons !

Si mes pas m’ont guidée jusqu’en un lieu aussi convivial qu’un restaurant, ce ne peut être que parce que l’argent régissait mes idées en ce temps-là (Raaah point de conclusions sur ma vénalité passagère !). Toujours est-il que l’on m’avait tout de même orientée vers un établissement à la devanture rudimentaire et l’intérieur rustique « Mais ouiiii ! Va là-bas, tu verras. Le chef prend toutes les nanas qui se présentent, il en rate pas une ! T’as toutes tes chances. J’ai travaillé pour lui aussi. ». Face à des arguments pareils, que voulez-vous rétorquer ? « Parfait ! Je vais aller me faire retourner tout de suite et revenir avec le derrière comme un chou-fleur, merci de l’adresse ! Kiss (K) ».
Que voulez-vous ? Je suis une femme de défis !

Mes habits savamment choisis, mes chaussures cirées aux pieds, mon maquillage impeccable, mes arguments répétés, je m’en allais gagner des sous braver mon destin. La porte vitrée me laissait entrevoir un carrelage d’un blanc discutable, mais outre cela elle m’offrait l’avantage de me rassurer en voyant au comptoir une connaissance (maintenant que j’y pense, ce n’était qu’un appas). Mes mains ne tremblaient plus et ma démarche gagnait en assurance :

« Salut ! Tu vas bien ?
He salut !
Je viens de la part de Sylvie, elle m’a dit qu’vous cherchez éventuellement une serveuse pour les week-end et…
Ha oui ! Bah attend, c’est pas avec moi qu’il faut voir ça. GOUROUUU !

*PAUSE*
1) Oui voilà ! C’est exactement à ce moment-là que j’aurais dû partir en courant, toutefois rien n’aurait été pareil pour la suite. Un individu sur qui je ne me serais jamais retournée dans la rue est apparu devant moi, tant ce rustre ne m’inspirait à vue d’œil pas plus de sympathie que la virilité est à Vincent Mcdoom.
2) J’ajoute qu’il n’y a pas d’erreur de frappe dans l’appellation du responsable, mais nous reparlerons plus bas.

OUI ?! QUOI ? C’EST POUR QUOI ?
Euh… bonjour… Je suis désolée de vous déranger, j’ai appris que euh… vous auriez éventuellement besoin d’une serveuse. Donc je viens me proposer. Je viens de la part de Sylvie.
Ha oui, 6 ! D’accord ! Bah très bien hein ?! Oui j’ai besoin de quelqu’un. Vous avez déjà travaillé dans la restauration ?
Non, mais justement je voulais savoir si y av…
Non y a pas besoin ! Bon bah vous me passez votre carte d’identité, carte vitale et vous signez ça. »

Mais ? Mais ? Mais…
Vous n’avez donc besoin d’aucune compétence dans ce milieu, j’ai moi-même été formée « sur le tas ». Ha au temps pour moi ! On me dit que mes « boobs » ont fait tout le travail. Comment ? Y aurait-il des avantages à être dépourvue de chromosome Y ?

Maintenant que nous sommes passés de l’autre côté du comptoir, laissez-moi vous conter les chroniques d’une serveuse…

La journée débute par le ménage de la salle de restauration : un petit coup d’aspi et de poulpe et le tour est j… (Oui le poulpe ! Il s’agit du balai serpillère. Ne me dîtes pas que vous vous arrêtez à cette broutille alors que plus haut vous avez lu comme moi, que les serveuses ont une dévotion sectaire pour leur responsable ?) Je poursuis…
Vous vous dirigez ensuite vers le lieu où les rois vont seuls. Vous priez à votre tour pour ne pas découvrir un présent généreusement concocté par le dernier utilisateur. Certains vous gâteront de corvées de nettoyage supplémentaire mais ne pensez pas que cela signifie plus de paye. Bien que je ne sois pas plus payée par mon responsable, ce n’est pas non plus mon noble client qui s’attardera à laisser des pièces cerclées d’argent sur la table pour se faire pardonner (ben non, enfin !).
Les enfants ne sont pas en reste : vous serez chargés d’effacer toutes leurs traces de doigts sur les vitres. En effet, ces bambins montrent à leur ascendance les canards de l’extérieur qui finiront dans l’assiette sous peu. Que c’est mignon !

Vous avez fini avec succès la partie I de la journée, vous pouvez passer au niveau 2. Félicitations !

Une dernière poussière et passez à la suite et vous aussi vous gagnerez des pièces (sans forcément sauter)

Une fois, votre dos brisé à vous contorsionner dans des sens divers et variés, vous vous attaquez maintenant à la vaisselle qui n’a pas été rangée par votre prédécesseur, tout en mémorisant le menu du jour affiché.
Vous tentez de comprendre la phrase qui a été longuement réfléchie où chaque mot a été savamment choisi. Toujours est-il que vous n’y comprenez rien…

Annonce : filet de loup accompagné de sa compotée de printemps à la sauce forestière

Fondamentalement, je saisis bien mieux l’essentiel avec des mots crus que ces phrases où l’on ne voit pas le bout. Pourriez-vous supporter que je m’exerce à un tel exercice de style dans ce blog où les phrases n’en finiraient pas, mais que cela ait dans un but bien précis : celui de créer des phrases à rallonge, juste parce qu’on dispose de cette impression de maîtriser la langue française ainsi que sa respiration à ponctuer, les différents blocs de mots, de virgules ou de deux points ?
Respirez !

Par conséquent, il est plus intelligent de se renseigner auprès de supérieurs pour connaître le mystère qui se cache derrière ces mots qui me sont inconnus alignés dans un ordre aussi extravagant. Le cuisinier dévoile donc ce que renferment les marmites. Désormais, je suis en mesure de vous faire une fidèle retranscription du plat du jour :

 Traduction : poskaï – haricots/petits pois/patates/carottes avec sauce

Mmmmmh ! Certes, je vous accorde que ces mets se sont rendus immédiatement moins affriolants, néanmoins, il ne peut y avoir d’ambiguïté entre l’ardoise et une quelconque matière grise désormais, sauf Arielle Dombasle.
Bien ! Maintenant que vous êtes apte à traduire le menu du jour, il ne vous reste plus qu’à vérifier que chaque table est convenablement dressée (couverts disposés, verres étincelants, tables immaculées, chewing-gums retirés, note menaçante de la serveuse positionnée). Vous êtes fin prêts à accueillir vos clients. Level 2 completed !

Il est 11h45. Plus que 15 minutes avant l’assaut des forces citoyennes affamées. Vous savourez un dernier morceau de pain avant votre repas (qui est pour dans 3h). Vous vérifiez la quantité de bouteilles de vin que vous ne dégusterez pas, que vous ne connaissez pas mais que vous conseillerez tout de même (l’improvisation des talents de sommelière est une affabulation comme James CAMERON se croit toujours réalisateur). Enfin vous posez vos fessiers pour la dernière minute de paix.

Il est 12h, c’en est fini de vous !
Le premier client vous a déjà adressé un « Nous sommes 3 ! », alors que vous n’avez pas achevé vos salutations : « Bonjour messieurs da… ». Voilà ! Le côté obscure de l’humeur vous envahit et vous avez déjà envie d’envoyer ce bougre rejoindre les précédents mécréants, qui ont osé vous importuner, six pieds sous terre dans le terrain vague à l’arrière de la terrasse intérieure… Les fleurs qui y poussent démontrent bien des bonnes choses que je fournis à notre Terre.
Cette journée vous offrira d’avantage de défis par la suite, rassurez-vous ! Voici donc les différents clients que vous serez susceptible d’être de rencontrer et qui accessoirement vous feront perdre patience, accrochez-vous, j’envoie du lourd !

  • Le dragueur : Si ce n’est certainement pas l’individu avec qui vous avez envie de vous attarder le plus en vaine discussion pour amasser du pourboire, il n’en reste pas moins qu’il n’est assurément pas le plus désagréable pour critiquer votre service amateur. Cependant, je crains que les limites de la patience ne soient très vite franchies quand une invitation à vous asseoir à une table garnie de rustres vous est envoyée. Ça reste une bagatelle et l’on relativise rapidement quand on voit sa collègue au loin se faire interpeler par un client assis seul (Oui c’est déjà louche en soi) par des sobriquets ridicules, à base de : « Vous pourriez m’apporter du sel, vous seriez bien mignonne ? » ou « Ma petite chatte ! S’il vous plaît ! » ou encore « Merci ma biche ! ». Honnêtement de quoi puis-je me plaindre tant que mes clients ne se transforment pas en BCBG du Duplex ?
    Mais ce n’est pas tout ! Roooh bah non ! Certains ne comprendront pas que vous les rejetez pour les simples et bonnes raisons que ceux sont des hommes mariés, père de deux enfants et qui ont plus du double de votre âge. Alors dans leur faiblesse d’analysesimplicité d’esprit… tête, il sera convenu que si vous échappez encore à leur charme indiscutable, c’est parce que vous êtes sur votre lieu de travail ! Par conséquent, histoire d’être subtile, votre admirateur secret vous enverra un bouquet de quarante roses à votre restaurant avec une petite carte contenant dix chiffres et un discret « Appelez-moi… ». Si ce n’est pas vendre du rêve, que vous faut-il encore pour succomber à pareille déclaration ? L’amour est aveugle, n’oubliez pas !
    Le sex-appeal était à cette jeune fille ce que l’incompétence est à l’Ecole Esti… un Gilbert Montagné peintre ! En effet, si vous usez de vos charmes à bon escient, vous croulerez bientôt sous les billets rouges qui se seront attardés sur votre table, alors que les clients s’apprêtent à quitter l’établissement. Je n’ai guère eu la chance de travailler avec cette jeune fille et c’est bien dommage tant elle aimantait l’argent à elle via son charme.
    Une dernière chose : si un client sur le départ vous laisse discrètement un billet rouge plié dans les mains, ce n’est pas innocent et surtout dépliez-le dans un coin. Vous y découvrirez des mots semblables : « [un prénom] [un numéro], bon courage pour la fin du service ! ». Votre estime ne sera que renforcée, votre assurance augmentée, votre joie décuplée à la vue de cette déclaration, cependant vous subirez éventuellement le coup d’un ascenseur émotionnel quand vous apprendrez que tout cela ne relevait que d’un pari… M’enfin bon…

C’est grâce à ces gens-là que vous garnirez vos poches de piécettes destinées à ajouter de la chantilly sur une glace, à avoir plus de cafés instantanés à la machine de la fac ou encore vous culpabiliser de ne pas les partager avec les plus démunis du métro. Malheureusement tous ces clients ne sont pas aussi généreux en pourboires…

Nan, vraiment, je dois être trop difficile.

  • Les radins : Vous aurez beau donner le maximum de vous-même en ne les faisant pas patienter ½ heure, en leur proposant la meilleure table, en n’omettant pas eau, pain, sel, poivre, sourire, insulte pour la remarque sur ma manière de parler vite, ils ne daigneront pas sortir un seul euro de plus alors que ces quatre larrons auront dépenser plus de 30€ pour leur menu individuel…
    Oui, nan en fait, je ne vais pas chercher à comprendre parce que ça me dépasse vraiment de trop ce manque d’attention, et je vais finir par planter les fourchettes entre les os du dos de la main jusqu’à ce que certains crachent ne serait-ce que des pièces jaunes pour montrer leur reconnaissance !
    Les moins crédibles restent ceux qui organisent leur mariage ou anniversaire : ces gens-là vont dépenser jusqu’à des sommes astronomiques pour passer leur journée de rêve (entre 1000 et 2000€ selon le nombre de têtes), mais dès qu’il s’agit de s’en aller et de laisser du pourboire aux serveuses qui ont tenu bon pendant plus 6h à gérer la salle de restauration et la salle de soirée, ha baaaah y a plus personne ! Oui parce que quand j’ai 1500€ à claquer pour mon anniversaire avec mes 50 amis, avec un repas de 30€ par tête (vin compris), je n’ai plus 20€ à lancer à deux jeunes filles pour le travail fourni. Le plus malotru d’entre tous a tout de même regardé les serveuses dans les yeux en leur lâchant un « On n’a plus rien pour vous remercier mais on vous a quand même laissés les petits yaourts des enfants. Au revoir ! ». Mais… mais… je… enfin non…
    Bon je passe à la suite parce que celui-là, je vais finir par vous me le… Argh diantre ! Je suis tombée en mode berserk !
  • Les chieurs allergiques : Alors quand on vient au restaurant, c’est bien connu dans le monde des crétins : IL EST IMPÉRATIF DE SIGNALER SON ALLERGIE APRÈS QUE LE PLAT SOIT SERVI (Effectivement, ce métier est bien trop dénué de défis !). Mais pourtant, je m’interroge : qu’est-ce qui est difficile à comprendre quand on lit qu’un poisson est accompagné d’une sauce au beurre blanc ?
    Tout d’abord, Madame me signale qu’il ne lui faut pas de crème fraîche dans sa sauce car elle en est allergique. Fort bien, fort bien ! Je m’exécute et signale au chef en bonne et due forme la subtilité. Le plat est consciencieusement concocté et apporté en table. Madame me demande ce qu’il y a dans la sauce – « C’est une sauce au beurre blanc, Madame. », ce à quoi elle réplique être allergique aux produits laitiers…
    Je réitère ma question : qu’est-ce qui est difficile à comprendre avec les termes de « sauce au beurre blanc » ? Bon, ça se passe de commentaires, cette bonne femme m’aura fait perdre mon temps et mon argent puisque le pourboire fut absent à sa sortie.

Des individus aussi diminués, il en passe mais c’est toujours très impressionnant de voir de quelle manière ils vous font perdre pieds. Un métier de patience, je vous le disais.
Fort heureusement, certains semblent remonter le niveau. Avez-vous remarquez comme c’est toujours très classe de boire du vin, de s’y connaître, de pouvoir dire sans le déguster qu’il est « bouchonné » ou pas ? He bien, laissez-moi vous dire que certains ferait mieux de ne pas s’adresser à moi se taire. En effet, il est difficile de s’improviser sommelière quand on sait juste que le rouge c’est pour la viande alors que le rosé et le blanc, c’est pour le poisson. Ne me blâmez pas, le client, soit ne le savait pas lui-même, soit il en est au même niveau.

Barbie n’est pas un bon exemple et abuse des bonnes choses.

Maintenant, vous avez un bref aperçu des individus que vous êtes susceptibles de croiser. Vous pouvez réussir l’étape 3 sans grande difficulté si vous ne laissez pas tomber votre sourire de Barbie.
I.     Installer le client + donner la carte
II.     Le laisser
III.     Veux-t-il un apéritif ?
– Non > poursuivre vers l’étape IV
– Oui > le servir puis continuer avec l’étape IV
IV.     Le laisser
V.     La commande est-elle choisie ?
– Non > jurer retour à l’étape IV
– Oui > poursuivre vers l’étape VI
VI.     Prendre la commande et réussir à s’organiser sur son petit espace de feuille pour que ce soit encore lisible pour le chef + prévoir encore de la place si le client est un galopin qui oublie de signaler 3 boissons supplémentaires, une entrée en rabe ainsi qu’une bouteille de vin (quel soiffard !)
VII.     Le laisser
VIII.     Lui mettre du pain (mais pas trop tôt sinon il mange tout et finit pas son assiette + amener le vin et eau)
IX.     Le laisser
X.     Amener entrée ou plat ou dessert (le laisser entre chaque évidemment)
XI.     Tout débarrasser + proposer un café
XII.     Le laisser
XIII.     Amener un café
XIV.     Le laisser
XV.     Amener l’addition si au bout d’un moment il n’est pas toujours pas décidé à bouger son fessier
XVI.     Le laisser pour de bon
XVII.     Récupérer le pourboire
XVIII.     Dresser de nouveau la table

Enfin ! Vous êtes enfin libre ! La journée s’achève et vous pouvez vous en aller déguster un repas des plus agréables (après les pâtes de 3h du mat’ naturellement) après 4h de service. Je critique les clients à tout bout de champ, mais mon responsable n’est pas en reste pour autant.
Il eût fallu que je tombe sur le spécimen le plus curieux qui soit.

Dans un premier temps, j’ai réalisé que tout le monde, mais absolument tout le monde dans les employés (serveuses, cuisinier cuisinière) l’appelait de ce titre impayable : Gourou. Et comment suis-je supposée le prénommer ? C’est très simple ! Je ne l’ai pas appelé pendant les deux premières semaines. Usez des combines les plus discourtoises : toujours lui parler en face, s’adresser quand vous n’êtes que tous les deux, le siffler un petit « Hep ! » plus ou moins bien placé. C’était un monde à part.

En effet, si les employés étaient dévoués à leur gourou et que ce dernier n’y voyait aucun inconvénient, lui-même leur attribuait un numéro. Les serveuses étaient réduites à un numéro et ça ne leur posait aucun souci. Diable ! Décidément où ai-je donc atterrie ?
Alors l’appas du comptoir était le numéro 5, la cuisinière le numéro 1, Sylvie qui m’a indiquée est 6, la jeune fille pourvue de sex-appeal est 7. J’ai fait la connaissance de 2, 3, 4 et 8… Ha quel grand malheur, je n’ai jamais rencontré 9… Non mais ça ne veut rien dire cette histoire !
Cet ordre ne correspond pas à leur ordre d’arriver, peut-être à une notation pendant leur ébats ou l’ordre dans lequel il se les… Bon ça suffit !
Je n’ai reçu aucun numéro et quand bien même j’en aurai eu un, il ne restait que le zéro. Un honneur ? Je ne pense pas non…

Votre curiosité sera satisfaite, mes bons, puisque j’ai quantité de réponses à vos questions grâce à ce « gourou ». Je tiens à préciser pour les lignes qui vont suivre qu’aucune substance illicite n’a été consommée. Résumons !
En somme, vous n’êtes qu’un numéro qui, associé à d’autres chiffres (que sont vos amis), forme un code-barre, le code-barre de votre vie ! (Oui rien que ça…) Les individus qui ne suivront pas votre chemin ne sont pas intéressants, ceux qui le suivent pour un temps sont vos équivalences et ceux qui le suivent pour toujours sont vos évidences (ouuuuh ça se complique !). Vous formez avec vos proches ce qu’on appelle des égrégores, il s’agit d’un espace dans lequel figure tout ce que vous pouvez apporter à votre prochain et tout ce que vous pouvez assimiler de lui (Mais qu’est-ce qu’elle raconte ?). Votre mission si vous l’acceptez est de trouver votre/vos évidences et de les garder (finalement votre vie n’est pas régit par 42).
Parenthèse achevée, ça vous a éclairé ? Non ? C’est bien étonnant… Et bien je vous propose d’en apprendre plus sur vous-même ici !

Mon responsable était donc fou mais ce n’est pas tout ! Le cuistot quant à lui était… libidineux dirons-nous. Il n’y avait qu’à voir sa moustache et ses yeux bleus perçants qui vous déshabillaient sur place du haut de la tête jusqu’aux chevilles (Notez que son regard s’attardait au niveau de quelques reliefs insignifiants).

Le responsable, le cuistot… Ç’en était assez d’ahuris dans un espace aussi restreint. Cependant les serveuses avaient beau être réduites à un chiffre, elles s’appelaient tout de même entre elles par leur numéro correspondant ! Je… je… mais… que… ?
La paye me retenait corps et âme à ce poste, essayez de comprendre !

Si ce restaurant est un antre sectaire, je ne peux tout de même pas cacher le fait que ce soit accessoirement un cirque !
A l’arrivée d’une nouvelle serveuse, on lui faisait croire aux pires histoires. Appelons les par leur numéro, vu que ça ne choque personne finalement, donc 3 s’en allait prendre des commandes : un tartare de bœuf était noté sur sa fiche, fort bien !
« Boubou ! Un tartare pour la 10, s’te plaît !
Ouais mais t’es mignonne, mais quelle cuisson ?
Ho mince ! Je vais demander… *un instant* Tu vas pas me croire… Il le veut cru ! »
Enfin voilà, donc vous passez pour une abrutie aux yeux de vos clients, puisque vous n’avez pas le luxe de savoir ce qu’est un tartare.

Par ailleurs, cette même jeune fille s’est faîte avoir en lisant le menu du jour à des clientes à l’âge respectable : « Alors aujourd’hui, nous avons cuisses de poulet ou du loup… Ha je suis désolée, je vois qu’il n’y a pas de poisson au menu, c’est étrange, m’enfin bon… » (si vous n’avez pas compris, merci de vous renseigner).

En tant que serveuse exemplaire, il est de votre devoir donc de connaître un minimum les plats comme il a été démontré ci-dessus, il est convenable de porter une mini-jupe selon le patron un minimum de trois assiettes dans vos mains, ce qui suscite quelques avantages et davantage d’inconvénients.

Certes cela vous économise des allers retours avec le passe, or les assiettes vous brûlent plus facilement vos mains délicates et d’autant plus si les clients ne savent plus ce qu’ils ont choisi et que les plats patientent dans vos pattes cloquées.

Vous l’aurez compris, ce métier a plusieurs visages et tout dépend de là où on débarque avec sa galère d’argent.
Bien que mon responsable ne m’ait jamais demandée une quelconque gâterie (sérieusement), je pense tout de même m’être bien fait niquer en venant ici.

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